du
Vénérable Grand Maître de la Ghilde au Premier Maître de la Loge
Macilienne
Ordre de Mission
La jacquerie s’étend vers le nord et l’est. Déjà six Provinces connaissent des insurrections semblables à celle des Montagnines et la situation est tendue dans les grandes villes des quatre autres. Ce sont des problèmes très localisés, mais l’aristocratie commence à s’énerver. Imaginez : le Roi a dû intervenir personnellement pour calmer les esprits dans la capitale ! Je ne vous cacherai pas qu’il a détesté ça, de la même façon qu’il déteste entendre geindre les Citadelles de dix Provinces sur onze.
Puisque seule Macil ne se plaint pas et qu’ici chacun sait qu’elle est à l’origine de toutes les frondes, Heyel doit montrer l’exemple et éteindre les foyers de révolte qui secouent sa Province avant que les troupes royales ne reçoivent l’ordre de manœuvrer vers le sud.
J’insiste. Si nous ne voulons pas voir les Castan perdre une crédibilité si chèrement acquise, il faut écraser les rébellions maciliennes, et ce dans les plus brefs délais. Faites donner la Garde contre les groupes de paysans en armes et faites pendre les meneurs. Que leurs corps restent exposés aux potences jusqu’à ce que la putréfaction les détache de la corde. Puis qu’Heyel applique la clémence princière ainsi que vous le lui avez expliqué : baisse des impôts, création de tribunaux, etc. L’effet de soulagement suffira à le prémunir contre toute récidive, et le renvoi du Sénéchal, auquel il imputera les excès, lui attirera la sympathie roturière.
Un Prince qui s’excuse auprès de son peuple des violences commises par un émissaire royal et qui brave le Roi en le lui retournant comme un vulgaire criminel fera aisément figure de héros. Cela impressionnera aussi la noblesse de tout le Royaume.
Concernant la Colline, contentez-vous de l’isoler, en vous assurant qu’elle ne puisse plus commercer ni communiquer avec l’extérieur, et reprenez contact avec notre agent ou, au besoin, infiltrez-en un autre. Il est anormal que les mutins se promènent librement dans toute la Province, alors que nous n’avons pas la moindre idée de ce qui se trame derrière leurs Portes ! Procédez comme bon vous semblera, mais nous avons besoin de certitudes quant à son proche avenir. S’effondrera-t-elle d’elle-même ? Combien de temps cela prendra-t-il ? Devrons-nous lui donner un coup de pouce ? Comment pourrons-nous acquérir la certitude qu’Heyel ne la traînera pas comme un boulet pendant des années ?
Enfin, je vous somme de veiller à ce que l’infante donne un enfant mâle à Heyel avant deux ans. Sur ce point aussi, les procédés seront de votre seule compétence. Je vous rappelle simplement que notre Projet vise moins à instituer Heyel qu’à offrir le Royaume à son héritier. Ce qui nécessite d’une part qu’il en ait un et, d’autre part, que celui-ci soit en âge de régner lorsque, après la mort du Roi, nous aurons éliminé tous les autres prétendants.
Ne vous mettez pas martel en tête avec ce Parleur. Ce que nous savons de lui indique, au demeurant, qu’il s’agit d’un individu très ordinaire, issu d’un milieu modeste. Son instruction semble provenir de sa seule curiosité et de son acharnement à apprendre. Il a manifestement beaucoup voyagé, mais il ne connaissait ni Macil, ni Karel : leur amitié était épistolaire (nous ignorons par quel biais ils en sont arrivés à correspondre). À l’évidence, sans être le disciple du poète macilien, il lui vouait une admiration telle que sa vie s’est organisée autour des préceptes et des concepts de celui-ci.
Je suis désolé de vous décevoir, mais il n’a jamais travaillé ni pour le Dogme, ni pour nous, ni pour aucune cour ou citadelle.